Le Couple Libre, parlons-en !

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Ah ça y est, l’été débarque et une ribambelle de bêtises arrivent ! 

En particulier une thématique qui revient souvent sur les réseaux sociaux : être célibataire ou en couple pour l’été ? Et s’ensuivent des débats et des « team » autour de quelle situation est la plus propice pour bien profiter du soleil, de la plage, des vacances quoi.

Hum… Doit-on rappeler que le couple n’est absolument pas un fardeau qui empêche de faire des rencontres ? Qu’on ne se met pas en couple par besoin ? Doit-on rappeler qu’il existe une multitude de schémas relationnels ? Pour finir cette tirade, depuis quand un schéma relationnel est-il influencé par une saison ? On choisit d’être en couple pour diverses raisons, mais pas celle du beau temps. 

Vous l’aurez compris, aujourd’hui on se déconstruit. Et on va parler du couple libre, un schéma relationnel de plus en plus accepté en société. Mais toujours incompris

Alors c’est quoi concrètement le couple libre ? 

C’est une relation dite « non-exclusive » dans laquelle deux personnes forment un couple et se mettent d’accord pour avoir des relations sexuelles et/ou romantiques/ affectives avec d’autres partenaires.

Vous avez déjà entendu parler de relations libres et relations ouvertes ? Sachez que ce sont des synonymes du couple libre ou couple non-exclusif. Certaines personnes préfèrent se nommer en « relation libre » plutôt qu’en « couple libre/ non-exclusif » car cela scié mieux à leurs règles établies, à leurs valeurs, leurs expériences de vie… En fait, il arrive qu’un couple préfère se nommer en « relation libre » plutôt qu’en « couple libre », pour éviter de se sentir proche du modèle traditionnel du « couple », pour s’émanciper de cette nomination très normative. Parfois, derrière le choix de certaines appellations, il y a une longue réflexion et même un engagement politique. 

Mais qu’elles-sont les règles de cette relation ?

Les modalités d’une relation sont diverses, chaque couple choisit ses règles. Et il y a autant d’agencements que de personnes en couple libre. Un couple libre n’est pas universel et n’a pas de règles préétablies par la société. Cependant, le couple exclusif et le couple non-exclusif partagent des similitudes. Lesquelles sont-elles ? 

Dans ces deux types de relation on a des règles, des limites, une ligne de conduite propice à garantir à soi-même et saon partenaire une sécurité affective. Eh non, ce n’est pas parce que l’affection est réciproque que tout va bien se passer. Si c’était aussi facile, on vivrait dans un monde de Bisounours. Dans tout type de relation, il y a des règles, même avec vos ami·e·s, votre famille, vos collègues… etc. Simplement, le couple a des règles dites ‘universelles’ car partagées par une majorité, considérées comme une norme, qui mettent de côté beaucoup de communication. Ce n’est pas récurrent que des partenaires -avant de s’engager- discutent de leurs limites. Des limites qui sont plus subtiles que le simple fait de « ne pas coucher avec d’autres genstes ». Les règles dans un couple exclusif ne sont pas aussi simplistes, alors imaginez le couple libre/ non-exclusif.

S’engager dans une relation avec autrui ça demande beaucoup de travail ! 

Par exemple : dans un couple exclusif, la règle la plus universelle c’est de ne pas avoir de relations sexuelles avec un·e autre que saon conjoint·e. Mais au-delà de ça, les personnes polyamoureuses peuvent affectionner d’autres personnes, on peut aussi draguer en soirée, embrasser sur la bouche. Dans certains couples exclusifs, les pratiques sexuelles masturbatoires sont mêmes permises avec de nouvelles rencontres… c’est très subjectif ! Et se définir en couple libre/ non-exclusif ou exclusif ne dépend finalement, que des deux intéressés·e·s. Notons aussi que tous les couples libres/ non-exclusifs ne sont pas hiérarchiques/ pyramidaux (c’est-à-dire qu’ils ne partent pas tous du principe que la personne avec qui on fait couple, est prioritaire). Certaines personnes font « couple » avec plusieurs partenaires. Et d’autres font même « couple » à trois, donc trouple… mais c’est un autre schéma et nous n’en parlerons pas aujourd’hui. 

Vous l’aurez compris, il n’est pas question d’enfermer le couple libre/ non-exclusif voire même le couple exclusif dans une définition stricte. Distinguez bien les deux par le simple fait que l’on peut avoir des relations sexuelles et/ ou romantiques/ affectives avec d’autres partenaires en couple libre. 

Mais les préjugés et idées-reçues sont si encré(e)s dans nos mœurs qu’il est difficile de s’en défaire et d’envisager le couple libre aussi naturellement que le couple exclusif. Entre celleux qui ouvrent leur couple à la non-exclusivité car iels ne sont pas fidèles et se sont trompé·e·s plusieurs fois, énième tentative de rester ensemble. D’autres qui voient le couple libre comme une relation moins sérieuse, pratique pour celleux qui ont peur de l’engagement… etc. Vous l’aurez deviné, il y a encore du chemin à faire pour que tout le monde considère les schémas relationnels non-exclusifs comme l’égal du couple ! 

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D’ailleurs, pourquoi a-t-on du mal à l’accepter ? A accueillir cette diversité de schémas relationnels ? 

Déjà, parce que ce n’est pas dans la norme. Le couple exclusif appartenant à la norme (symbole de la mono-norme et de l’amatonormativité), il est privilégié et valorisé dans toutes les sphères de la vie quotidienne. Vous n’entendrez parler de couple libre que dans une bonne série Netflix progressiste, sûrement une sitcom… 

Rejeter les schémas relationnels qui ne sont pas le couple exclusif/ traditionnel, c’est indécent et irrespectueux. Et c’est faire preuve d’une faible ouverture d’esprit. Si les partenaires sont épanoui·e·s : qu’iels profitent ! De plus, en s’engageant dans un couple libre/ non-exclusif ou d’autres types de relations non-exclusives (e.g. trouple, relation en V, anarchie relationnelle, relation polyamoureuse hiérarchique…) on peut s’out sur nos orientations LGBTQIA+. Et à travers le rejet d’une personne dans une relation non-exclusive avec des partenaires de genres différents, on fait subir des LGBT+phobies. Ce n’est pas la relation qui est discriminée, mais les personnes qui la composent. Ainsi par exemple, une personne dans une relation non-exclusive quand bien même hétérosexuelle, peut être rejetée car perçue comme polyamoureuse en faisant partie de ce schéma relationnelle et donc subir de la polyphobie. De même, imaginez les inégalités aux logements ou l’accès à une garderie/ crèche pour les trouples qui souhaitent fonder une famille/ s’installer ou ont un·e/ des enfant(s). Or, le temps où le couple était la seule issue possible quand on veut s’engager avec quelqu’un·e est bien loin ! Ce serait beau si un jour, on envisageait le couple libre/ non-exclusif (s’il nous convient) aussi naturellement qu’on envisage d’être en couple exclusif. Le couple libre est une relation bienveillante, qui demande énormément de communication, d’honnêteté, de transparence avec saon/ ses partenair(e). Et évidemment de compersion (= contraire de la jalousie). La compersion, c’est le sentiment éprouvé lorsqu’on se réjouit du bonheur d’autrui ! La compersion n’est pas forcément innée, elle se travaille et va souvent de pair avec notre processus de déconstruction de la norme patriarcale.

Comment faire pour évoluer d’un couple exclusif à un couple libre ? Comment se mettre dans une relation non-exclusive avec cellui qu’on affectionne ? 

Quand la société nous montre depuis toujours que le seul modèle possible/ acceptable est le couple exclusif et que si on n’est pas content·e on a qu’à rester célibataire hum… forcément ce n’est pas évident. Ce que je peux vous conseiller si vous êtes exclusif·ve et souhaitez ne plus l’être, c’est d’analyser quelle méthode vous convient pour faire évoluer votre relation. Avez-vous l’envie et les moyens de consulter un.e psychologue ou sexothérapeute ? De cette façon, vous serez accompagné·e·s dans l’établissement de vos limites, la compréhension de vos besoins respectifs, de ce qui vous poussent à faire évoluer cette relation, aider à développer votre compersion… Et évidemment, cela vous aidera aussi à communiquer avec votre partenaire si ce n’est pas votre point fort. D’ailleurs, on vous rappelle que nous avons Gaëlle, au sein du magazine, qui est sexothérapeute. Elle réalise ses consultations à distance, vous pouvez donc la contacter ICI !

Attention, le désir d’exclusivité et de non-exclusivité n’est pas forcément fixe dans le temps !

On peut être dans une relation exclusive à un instant T puis s’ouvrir à de nouvelles règles car le désir d’exclusivité fluctue. A mon sens, l’exclusivité et la non-exclusivité sont deux extrêmes, comme le noir et le blanc. On peut se situer à un moment à 30% exclusif·ve 70% non-exclusif·ve. Puis avec les expériences de vie, la rencontre de nouvelles personnes, on peut fluctuer. Bien sûr, on peut tout à fait être 100% exclusif·ve toute sa vie et inversement. Personnellement, je suis dans une relation non-exclusive (relation libre spécifiquement) en ce moment et je ressens le besoin -depuis quelques mois- d’être 100% exclusive sexuellement, maon partenaire non. Nous en discutons et nous faisons en fonction de chacun·e, un peu comme avec la libido. Du coup actuellement iel est non-exclusif·ve sexuellement et je suis exclusif·ve sexuellement. Et tout va bien ! 

Il faut savoir s’accorder. 

Pour celleux qui ne désirent pas passer par un.e psychologue ou sexothérapeute, j’ai quelques petits tips :

Notez que, quand je parle de négociation, je parle surtout de communication. Pour savoir où faire des efforts pour bien s’entendre, découvrir des points communs avec lesquels on est d’accord d’emblée… etc. Par exemple : un·e partenaire veut coucher avec d’autres, l’autre partenaire lui dit qu’iel est d’accord mais par contre iels conservent à elleux une pratique sexuelle qu’iels préfèrent et qui ne doit pas être pratiquée avec les nouvelles rencontres. 

– Listez vos « interdits » (c’est-à-dire les choses qui ne sont pas négociables pour vous sur le moment). Peut-être qu’avec le temps vos interdits évolueront. Mais il est important de partir du principe qu’on ne négocie pas quelque chose de non-négociable sur l’instant. 

– Prenez chacun·e une feuille et écrivez qu’elles seraient vos règles idéales, puis mettez en commun en trouvant des points d’accord que vous partagez, de manière à les exploiter. 

– Demandez-vous si la non-exclusivité est uniquement sexuelle ou si elle est aussi romantique/ affective. 

Eh oui ! Il est possible pour les personnes polyamoureuses par exemple, d’affectionner plusieurs personnes. Donc il faut se demander si on peut avoir des relations sexuelles avec d’autres genstes et/ ou avoir des relations romantiques/ affectives avec d’autres genstes. Il existe une multitude de couples libres… il y en a même où l’exclusivité sexuelle est présente mais pas l’exclusivité romantique/ affective. 

– Gardez en tête que les règles peuvent évoluer avec le temps !

En effet, vous vous rendrez vite compte que vos règles peuvent être revues dans certaines situations spécifiques. Par exemple : vous passez une semaine de vacances ensemble alors qu’en général vous ne vous voyez que quelques fois par mois car vous habitez loin l’un·e de l’autre. Durant cette semaine, vous vous mettez d’accord pour vous fréquenter exclusivement, pour garder ce moment bien à vous. 

– N’oubliez pas que la tromperie ne disparaît pas dans une relation non-exclusive. 

Vous pouvez être trompé·e·s en couple libre. La tromperie n’est pas propre au couple exclusif ! Si une de vos règles est bafouée, c’est de la tromperie. Par exemple : si vous aviez convenu que vous deviez vous protéger pour avoir des relations sexuelles avec des partenaires secondaires et que votre conjoint·e ne se protège pas : iel vous trompe. 

– Faites attention aux partenaire infidèles en couple exclusif/ traditionnel.

Iels peuvent l’être aussi en couple libre, la tromperie résultants souvent d’un manque de communication !

– Il est possible qu’il y ait beaucoup de désaccords. 

Il est même possible que le couple libre que vous envisagiez, ne convienne pas. N’oubliez pas qu’on ne se force jamais pour garder l’autre, par peur de lea perdre. Il existe des multitudes de schémas relationnels, vous pouvez même créer le vôtre ! Et si vraiment ça ne marche pas, il faut songer au fait qu’une telle relation ne vous convient malheureusement pas… ou que ce n’est pas le bon timing pour être ensemble. 

J’espère vous avoir fait découvrir –avec bienveillance toujours- un des nombreux schémas relationnels à ne pas être un couple exclusif/ traditionnel. J’espère aussi vous avoir apporté des réponses, de l’aide et du soutien ! Pour toutes vos éventuelles questions, n’hésitez pas à me contacter sur Instagram.

Article rédigé par Niena (iel) | @__niena__

Niena (iel) pour vous servir ! Étudiant·e en Licence de Psychologie/ Stagiaire en Institut de Praticien·ne en Santé Sexuelle et Sexothérapie/ Intervenant·e LGBTQIA+ en milieu scolaire et Porte-Parole pour l'association MAG Jeunes LGBT+/ Professeur·e de théâtre/ Militant·e féministe pro-convergence des luttes Queer (@__niena__)/ Rédacteur·ice pour le magazine Le Cul Bordé de Nouilles (@leculbordedenouilles.magazine).

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