Transidentités : et si on s’éduquait ?

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Bonjour à toi qui tente de te découvrir et de te déconstruire dans ta vie intime et sexuelle.  Bravo ! Ce petit clic est déjà un grand pas. Aujourd’hui, on va parler de transidentités, on va  s’informer sur le vécu de personnes concernées et s’éduquer sur la question de l’adresse. Cet article va te donner quelques clés pour devenir un.e allié.e de la lutte contre la  transphobie en apprenant à exprimer ta curiosité, sans risquer de blesser la personne à qui tu  t’adresses. A l’occasion de la journée internationale du souvenir trans TDoR – en  hommage aux personnes trans assassinées pour motif transphobe ainsi qu’à celles.eux  poussées au suicide à cause de leur identité de genre, œuvrons tous.tes ensemble pour que  ces atrocités cessent. 

Comment faire ?  

Ici, nous sommes convaincu.e.s que l’éducation sexuelle et intime est une clé pour faire  évoluer notre société et les mentalités qui l’accompagnent. Pour cela, il est nécessaire de  donner la parole et plus de visibilité aux personnes concernées qui sont les seules à  pouvoir s’exprimer sur leur propre condition. C’est pourquoi, afin d’écrire cet article, nous  avons pris le temps de rencontrer trois personnes ; Adam, Naëlle et Lu. Iels nous ont parlé de  leur vécu et nous offrent la possibilité de trouver un chemin vers la déconstruction des  idéaux normalisateurs dont nous sommes, parfois malgré nous, les produits. Nous les  remercions chaleureusement pour le temps qu’iels nous ont accordé et pour l’effort  pédagogique qu’iels ont fait ! 

La pédagogique et l’éducation ne pourront cependant pas effacer les drames et les crimes  qui ont été commis depuis des siècles envers la communauté trans. Ces actes sont  impardonnables et nous ne pouvons pas continuer d’ignorer la discrimination et les  violences physiques et/ou verbales, que subissent toutes ces personnes.

Dans cet article,  nous allons nous concentrer sur la dimension verbale de certaines violences en demandant  aux personnes concernées comment aborder avec elles.eux leurs vécus, ou bien leur  condition en tant que personne trans. Les mots ont un grand pouvoir et, pour s’éduquer, on  trouve que c’est déjà un bon point de départ. Rassure-toi sur ce point-là, la pédagogie et  l’éducation peuvent devenir nos meilleurs outils pour changer les choses. Évidemment si tu  as simplement envie de discuter d’un sujet qui n’a rien à voir avec la transidentité de la  personne (comme du dernier article du cul par exemple ) nul besoin de renseignement  particulier : il s’agit tout comme toi d’un être humain.  

Se déconstruire, oui ! Mais de quoi ?  

Lorsqu’on parle de déconstruire les idéaux normalisateurs sur la question de l’adresse envers  les personnes trans, il faut entendre que nous habitons un monde construit de manière si  binaire qu’il nous impose une norme parfois difficile à dépasser. C’est le travail de toute  une vie car l’on peut toujours aller plus loin, mais c’est surtout une envie de faire de son  mieux pour voir le monde de manière moins normé et ne pas reproduire le système  hiérarchique entre les genres. C’est déjà beaucoup.  

Néanmoins, il nous arrive parfois en raison d’une connaissance partielle des vécus de  celles.eux qui nous entourent, de manquer de considération. C’est une forme de violence  dont il faut se déconstruire. Par exemple, si une personne, aussi bienveillante soit-elle,  demande à une personne trans : « Tu t’appelais comment avant ? » : c’est une forme de  violence verbale car celui.celle à qui on pose la question est renvoyé.e à des expériences  éprouvantes. Si la personne s’est permise de poser cette question, c’est qu’elle manquait de  connaissances sur le sujet et n’a pas considéré le vécu de la personne trans.  

Alors le seul moyen d’y remédier est de se renseigner. C’est ainsi, lorsqu’une cause ne nous  concerne pas mais nous tient à cœur, que nous pouvons prendre part à la lutte. Il faut toujours faire attention d’où l’on parle. Il n’y a rien de grave à ne pas savoir mais dans ce  cas, la curiosité doit se placer au niveau de la connaissance du vécu de l’autre et non de  sa vie intime et personnelle. Mais ça tombe bien, ici on va pouvoir apprendre plein de  choses en lisant et en essayant de comprendre ce que les personnes concernées que nous 

avons interviewées ont à nous apprendre. Ainsi, chacun.e à notre échelle, nous allons pouvoir  faire partie de celles.eux qui soutiennent le combat des personnes trans. 

Pour commencer :

Il semble avant tout nécessaire de savoir de quoi on parle pour s’éduquer sur le sujet des  transidentités. Oui ! En effet, il y en a plusieurs tant les identités et les parcours des personnes  trans sont différents. Une personne trans c’est : « une personne qui vit ou qui souhaite vivre  dans un genre différent de celui qui lui a été assigné à la naissance. Cela englobe toute  personne ayant fait ou souhaitant faire le choix d’une transition, qu’elle choisisse ou non  d’avoir recours à des traitements médicaux et/ou des chirurgies dans cet objectif. » (Source :  https://outrans.org/ressources/lexique-outransien/).

Toute la dimension transitoire pour  les personnes trans regroupe de multiples aspects et possibilités (médicales, légales,  chirurgicales, etc.) qui ne définissent pas l’identité d’une personne. Par exemple, le fait  qu’une personne décide ou non de prendre des hormones et/ou de changer de sexe afin de  modifier certains aspects de son corps, n’est en aucun cas une étape obligatoire pour vivre  dans un genre différent de celui assigné à la naissance et être reconnue comme telle.

C’est  pour cela qu’il est préférable de parler en termes de genre plutôt que de sexe.

Si tu souhaites  aller plus loin et découvrir plus en détails ce qui est possible de faire lorsqu’on cherche à  entamer une transition, je t’invite vivement à aller consulter le site outtrans.org qui met à  disposition un certain nombre de ressources très intéressantes. Bien que celles-ci soient  principalement à destination des personnes trans, il est très enrichissant de consulter ces  documents lorsque l’on est cisgenre* pour prendre conscience des démarches qu’implique  une transition.  

*Cisgenre : contraire de transgenre. Personne en accord avec le genre assigné à la naissance.  

Tu peux aussi choisir de te renseigner directement auprès d’une ou de plusieurs personnes  trans qui y consentent. Si ça te semble plus intéressant d’apprendre auprès d’elles.eux, alors  prenons le temps de nous mettre au clair sur comment se renseigner auprès de personnes  concernées lorsque nous ne sommes pas avertis sur les questions que nous posons. Il y a  plusieurs dimensions à prendre en compte, mais quoi qu’il en soit, garde à l’esprit que  chaque expérience est différente, il n’y a pas de vérité générale et il existe autant d’avis  que de vécus. 

Photographe : Line Merchat  

Première étape : respecter l’identité de la personne  

(Cette première étape est valable peu importe le type de conversation que vous avez avec une personne,  mais c’est important de le rappeler.)  

Dans le cas où tu es au courant du ou des genres auxquel.s s’identifie la personne, adapte  les pronoms, les adjectifs, etc. en conséquence. Si tu ne sais pas, n’hésite pas à poser la  question des pronoms, ce n’est jamais une mauvaise chose et cela évite de se tromper et de  mégenrer** la personne. Si tu connaissais la personne avant sa transition il est important de  s’adapter au changement, aussi compliqué que cela puisse te paraître. Il est primordial de  porter une attention particulière aux respects de l’identité à laquelle s’identifie la personne :  cela implique de la genrer correctement !  

**Mégenrer : on parle de mégenrer une personne, c’est-à-dire de s’adresser à elle, consciemment ou non,  dans le mauvais genre. Par exemple, dire « elle » à une personne souhaitant qu’on lui dise « il ».  

Comme nous le confie Adam, homme trans : se prendre un ‘’madame’’ dans les dents ce n’est jamais agréable ! Tu te dis : AH pourquoi ? Il y a quelque chose dans mon physique actuellement qui fait qu’on est susceptible de me dire madame ? Qu’est-ce qui dans mon  passing*** ne marche pas ? Alors que parfois les gens ne font pas attention. C’est un sentiment  dont Lu nous a aussi fait part : Quand quelqu’un se trompe je me dis que je suis quand même  androgyne dans le sens où on ne sait pas trop. Ce qui éclaire bien la raison pour laquelle il est  important de respecter l’identité que choisit la personne. Si elle entame une transition, elle  le fait pour être mieux dans sa peau et c’est à elle seule d’en décider ! Soyons clair sur ce  point.  

***Passing : quand le terme est employé dans le contexte du genre, il désigne le fait d’être considéré.e du  premier coup d’œil selon le genre revendiqué.  

Cela étant dit, il peut arriver de se tromper et ce n’est pas une fin en soi ! Excuse-toi, puis  corrige-toi et reprends ta phrase là où elle en était. Garde à l’esprit qu’il est possible que la  personne en face de toi ne te corrige pas d’elle-même. Adam, par exemple, indique qu’il ne  reprend pas toujours les personnes qui le mégenrent : c’est surtout lourd quand la personne  ne fait aucun effort mais c’est un poids mental en plus de corriger. Encore une fois, si tu es  inquiet.e de faire une erreur et de blesser quelqu’un.e, nos interviewé.e.s ont été unanime là dessus : demande les pronoms, cela évite à la personne en face de te rectifier.  

Deuxième étape : garder une attitude bienveillante  

Prends conscience que pour la personne à qui tu t’adresses, surtout si tu ne la connais pas, tu  es un.e potentiel.le agresseur.se : il est donc important qu’elle se sente en sécurité. On  comprend pourquoi lorsqu’on entend Naëlle nous délivrer un témoignage d’harcèlement  sexuel et ajouter : j’ai remarqué que souvent on est des curiosités ou des trucs à essayer, en fait  des choses exotiques ! On le comprend aussi quand Adam nous dit : lorsque j’annonce que je  suis un homme trans les gens baissent les yeux vers mon torse pour regarder si j’ai une poitrine  ou pas. Ou encore quand Lu nous partage : je suis quelqu’un qui répond facilement aux  questions seulement je veux qu’on me les pose sans pour autant insister lourdement ou déraper  dans des sujets comme ce que j’ai entre les jambes ou mon ancien prénom.  

Pour la journée internationale du souvenir trans en hommage aux personnes assassiné.e.s  pour motif transphobe ainsi qu’à celles.eux poussées au suicide à cause de leur identité de  genre : acceptons et comprenons la certaine méfiance de la part des personnes trans à  l’égard de quelqu’un.e qui n’est pas directement concerné.e et qui souhaite aborder avec  elles.eux des sujets intimes et politiques.

Cependant, pas d’inquiétude, il te suffit d’adopter la bonne posture ! Pour cela, sois vigilant.e  au regard que tu portes sur la personne en face de toi, ne lui donne pas la sensation d’être  différent.e. Évite de regarder les attributs physiques de la personne, encore une fois ça n’a  rien à voir avec son identité. Sois bienveillant.e et laisse ton avis personnel de côté en ce  qui concerne les choix de la personne à qui tu parles.

Par exemple Naëlle nous explique que  tout le monde a eu ‘”Mais c’est une passade ! ’’ ‘’De toutes façons tu vas te lasser ! ’’ ‘’ C’est une  mode ! ’’. Ce n’est pas toujours à but de nuire, souvent les gens pensent être bienpensants en  disant ça ! Parfois ça part juste d’une volonté de protéger. Adam nous dit aussi que lui et sa  mère ont souvent eu affaire à cette remarque : C’est une fille, ça restera une fille ! Il est donc  primordial de ne pas donner ton avis personnel. Tu ne peux pas savoir, ton propos pourrait être discriminant, violent et ça n’aurait rien de bienveillant !  

Troisième étape : s’assurer du consentement de la  personne concernée 

Comme lorsqu’on on vit une agression, un traumatisme ou même une mauvaise expérience,  il peut être difficile pour les personnes d’aborder leur vécu ou leur condition en tant que trans  dans la société dans laquelle nous sommes. Il est donc fondamental d’être certain.e  qu’elles consentent à répondre à tes questions ! N’oublie pas que tu demandes à  quelqu’un.e de faire un effort pédagogique et comme nous le dit Lu : si je commence à parler  de ça [mon identité, ma transition], je sais que ça ne va pas me prendre deux minutes.  

N’oublie pas non plus que les sujets que tu souhaites aborder peuvent parfois renvoyer la  personne à des expériences difficiles. Adam nous dit par exemple, qu’aborder le sujet de la  transition avec une personne concernée lorsqu’elle effectue des démarches administratives  pour changer d’identité à l’état civil, la discussion peut être vécue comme une double peine :  tu dois tellement t’exprimer sur ton vécu que tu peux faire une overdose quand tu te rends  compte qu’on te voit juste comme ça.

Il ajoute que : c’est une question de contexte, si la  personne en parle, ça sous-entend qu’elle est open à en parler ou simplement, il ne faut pas  demander de but en blanc, il faut « choisir son moment ». Ce n’est pas toujours simple, nous en  convenons. Adam nous conseille alors de demander : est-ce que tu es d’accord d’en parler ?  Ou de préciser : si tu es d’accord pour en parler ! afin de laisser la porte ouverte à la  discussion, mais aussi au consentement clair de la personne. Selon lui : il faut prendre en  considération qu’on en parle souvent. Soit les personnes nous posent des questions, soit on doit  souvent faire notre coming out, etc

Bien que les parcours trans soient parfois compliqués, cela ne veut pas dire non plus que la  transition ou la transidentité soit toujours quelque chose de douloureux et de difficile à  aborder pour une personne concernée. Il ne faut donc pas oublier qu’il existe des aspects positifs dans la transition, par exemple Naëlle nous dit : ça fait moins d’un an que j’ai  commencé les hormones et je commence à être de plus en plus en joie avec les changements  que je vois, parfois je me regarde dans le miroir et je lâche des petits cris de joie !

Il existe aussi  des aspects positifs à la discussion.

Si nous reprenons les témoignages que nous avons  récoltés, Adam nous évoque : à chaque fois, tu ne dis pas les choses de la même façon, tu te rappelles d’autres souvenirs ou alors, en parlant avec telle ou telle personne, ça t’apporte des  éclairages différents. Ça me fait de plus en plus plaisir de verbaliser là-dessus, d’offrir une  parole et de rendre peut-être, ce que moi je cherchais ou ce qu’on m’a donné à une époque. Lu  pour sa part déclare : je suis content de pouvoir en discuter, ça fait toujours plaisir de pouvoir  échanger sur le sujet et comme dit, pour des personnes qui n’ont pas ou très peu de  connaissances, ça permet de changer un peu l’état d’esprit et les mentalités là-dessus !

Tout  cela reste bien entendu propre à chaque personne trans, d’où l’importance de demander  le consentement pour aborder le sujet de la transition ou bien de la transidentité !  

Photographe : Pauline Filipe

Dernière étape : privilégier les questions générales  

Puisque, comme nous venons de le voir, nous ne pouvons jamais savoir à l’avance si nos  questions vont faire appel à des expériences difficiles pour la personne trans à qui on  s’adresse, il est préférable de poser une question générale sur ce qui nous interroge et d’y  mettre les formes !

Ce conseil nous vient d’Adam : Le mieux c’est de ne pas parler du vécu de  la personne directement mais des possibilités générales. Par exemple dire ‘’d’ailleurs quelles  possibilités médicales vous sont offertes ?’’. Généraliser le propos, si la personne veut vous en  dire plus elle le fera, en précisant en amont un possible manque de connaissance sur le sujet ou  en introduisant la question du coming out : ‘’à quel moment tu t’en es rendu compte ?’’. Pour moi  c’est pas mal comme entrée en matière. Naëlle, quant à elle, nous rappelle qu’il est tout à fait  possible de mettre les formes pour poser une question. Elle nous donne des exemples ;

Au fait, j’ai  une question, elle est peut-être un peu osée, si tu ne veux pas y répondre tu me le dis’’ ou  ‘’bonjour, est-ce que tu peux m’expliquer … ‘’ plutôt que ’’ vas-y explique-moi … .  

Il est aussi possible, notamment si tu crains de faire preuve de maladresse, de demander des  références. Adam nous donne déjà quelques pistes : la BD appelez-moi Nathan, le film Lola  vers la mer, se renseigner auprès des associations. Quoi qu’il en soit, on évite les questions  intimes comme celles concernant l’ancienne vie, les parties génitales de la personne ou son orientation sexuelle. Pour rappel, l’identité de genre (qui nous sommes) et l’orientation  sexuelle (qui nous attire) sont deux choses différentes.

Alors, prêt.e pour être un.e allié.e de la lutte contre  la transphobie ?  

Il semblerait qu’à force d’avoir affaire à des personnes malveillantes et/ou mal informées nos interviewé.e.s ont été obligé.e.s de développer leurs intuitions pour déterminer les intentions  de la personne qui leur parle. Lu nous dit : je fais la différence entre une personne mal informée  et une personne trop curieuse. Adam déclare : tu le sens très vite si une personne est  bienveillante ou pas, et Naëlle nous confie : il faut savoir lire entre les lignes, le langage non  verbal compte beaucoup.

Alors, simplifions leur la tâche : quand on n’est pas concerné.e, on se  renseigne, on respecte l’identité de la personne en face de nous, son consentement et on reste toujours bienveillant.e en évitant de poser des questions trop intimes ! Une fois que tout cela est bien clair pour toi, n’hésite pas à faire de la pédagogie autour de toi. En relayant la parole des personnes concernées, on va finir par réussir à changer les choses !  

Ça peut commencer dès aujourd’hui, à l’occasion de la journée internationale du  souvenir trans, en rendant hommage à toutes les victimes et en participant aux actions  proches de chez toi.  

Tous les renseignements sur https://www.sos-transphobie.org/journee-du-souvenir trans-transgender-day-of-remembrance-victimes-de-transphobie-20-novembre-2021.  

Article rédigé par Manon Bojidarovitch

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