Évasion en nature

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Évasion ? Nous savons ce que vous êtes en train de penser :

« En pleine canicule, Le Cul bordé de Nouille Magazine, nous propose une fiction poétique qui nous met en ébullition ! »

C’est vrai. Trop tard. Bonne chance.

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Emportés par l’ardente morsure du désir, nous avons violemment succombé, chairs mêlées. Sous la coiffe verte argentée du saule, vénérable témoin de la tranquillité de l’onde. Nous avons fui l’un avec l’autre. Abandonnés, là, loin du tumulte des hommes, nos corps nus couchés sur le côté baignent dans la fraîcheur d’une ombre parsemée d’infinis fragments de lumière.

Redevenues à peine perceptibles, nos respirations sont occultées par la discrète symphonie constituée du clapotis de l’eau, du bruissement des feuilles, du vol empressé des insectes et des innombrables commérages d’oiseaux. Éphémères émanations, nos fragrances teintées d’immortelle corse nous enlacent de concert avant qu’une brise courtoise ne les chasse.

Rescapées, éreintées de la folle course du temps, nos âmes aspirent légitimement à la fragilité de l’éternité. Ma main hésite encore avant de se poser à nouveau sur la réalité de ta peau, mes doigts osent à peine te frôler de peur que tu ne t’évanouisses dans le rêve d’un autre. À ton délicat contact se révèlent des gestes d’une évidence assurée. Je te touche…

Je te caresse en modeste héritier d’une expérience séculaire, assurément plus que millénaire.

La lente déambulation de mes doigts qui te redécouvrent inlassablement captive mon regard. Fine et d’opale ta nuque est vierge de traces de crocs et pourtant… Drapé de quelques mèches, ton cou s’efface non sans grâce. À peine plus loin ton épaule roule sous ma main qui rejoint déjà ton dos, vaste surface… avide réceptrice de tant de caresses. Les vagues vertigineuses de tes hanches se négocient en un simple élan, brièvement juchée au sommet de tes fesses ma main dévale désormais leur galbe avant de se perdre sur la distante contrée de tes cuisses.

Du bout de mes doigts, je contemple l’évanescente finesse de ton duvet, la texture raffinée de ta peau, le labyrinthe soigné de tes cheveux. Cou, épaule, dos, hanches, fesses, cuisses… la piste est tracée, naturelle, immuable… Pour quelques insaisissables minutes, ma main parcourt sans relâche l’envoûtante invite. Innocent faussaire, je ne fais que rendre un modeste hommage à la beauté de tes courbes en te redessinant sans cesse. Qui suis-je pour oser imiter de la sorte l’élégance des lignes d’une œuvre du Maître ?

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Lors de cette évasion, je m’incline, je me fais humble, je sais ma chance de t’avoir, là, proche, tout contre moi.

Je le devine, ton corps apprend… attend… appelle… le subtil contact de mes doigts qui glissent sans fin, les infimes variations de chaque passage l’enivrent, le charment, l’égarent… loin, de plus en plus loin… Ma main est légère, ma paume lisse, mes ongles inoffensifs, mes doigts alternent envers et revers… de mille façons, j’arpente, j’explore, j’étudie… monts et merveilles de ta compagnie. Je discerne la secrète mélopée qui s’élève de ta peau, invisible chuchotement, indicible frottement, ma main s’amuse de cet instrument à la sonorité chaude, vibrante, rassurante… qui nous berce et nous incite à rêvasser. Nos sens se confondent, le temps s’élude, qu’existe-t-il encore en dehors de notre intime proximité, qu’elle distance d’ici à la volupté ?


Mes lèvres se posent à proximité de ta nuque, j’appose mon baiser comme une offrande adressée à la divinité du temple.

Je te sollicite avec la profonde crainte de t’offenser. Puis, je scrute d’imperceptibles réactions, je pressens une esquisse de sourire que je ne peux que deviner d’où je suis situé. J’ose une nouvelle libation, la pointe légèrement humide de ma langue précède de peu le contact de mes lèvres. Exigeante, une déesse de ton rang ne saurait se contenter de si peu. Dès lors, je renouvelle mes solennelles attentions, je multiplie à l’infini mes petits baisers autour de ton cou. D’immobile, tu redeviens mobile, ton dos a rejoint le sol, mon horizon est chamboulé. Ton visage souriant m’apparait à nouveau. Et je ne peux m’empêcher de te sourire en retour.

Je salue la finesse de tes lèvres en y appliquant les miennes, je suis heureux de retrouver tes yeux, ton regard.

C’est pourquoi je t’aime vivante, rayonnante.

Je ne sais quelle complicité se créée lorsqu’on se voit. Mais elle agite magnifiquement tes pupilles et avive le vertige que procure tes iris. Un temps orpheline, ma main finit par s’adapter. La piste est nouvelle. Mes doigts musardent sur ton nez, ta bouche, ta joue. Puis s’élancent sur ton cou, dévorent l’espace entre tes seins, suivent ton ventre, survolent ton nombril, bifurquent vers telle ou telle cuisse selon l’humeur de l’instant. Le terrain m’est familier, j’en connais les pièges et les délices.

« Vile tentatrice… »

Tu le sais, je le pense, ton petit sourire narquois te trahit sans conteste. Alors même que, tu te dis innocente, tu souffles joyeusement sur les cendres de mon désir. Tu le sais, je suis faible, il suffira d’une dérisoire braise, d’une minuscule étincelle pour que ma bouche s’empare d’un téton manifestement excité. Ou que mes doigts s’aventurent au-delà du seuil de ton sexe, bouillonnant. Et tout s’embrasera à nouveau tel un fabuleux phœnix ardent sur le point de renaître. Mon envie louvoie déjà en moi. Elle chemine doucement, petit à petit le regard que je porte sur toi se fait irrésistiblement gourmand. J’ai de plus en plus envie de te goûter, de te savourer, de te consommer. De poser mes lèvres sur toi, de glisser ma langue en toi… D’abord délicatement.

Ohhh waw ! Tu viens d’ajourner mon possible scénario en me projetant au sol. Visiblement, tu es mue par un autre tempo. Accroupie au-dessus de moi, tu viens frotter ton sexe contre le mien, prisonnier, engoncé, il se renfle, il se fraye un court chemin. Il n’ira pas bien loin, ta vulve le tient en respect, douce et farouche. À la fois, elle veille sur sa prise, elle glisse plusieurs fois sur toute sa longueur, sur toute sa raideur.

En une caresse, tes doigts attrapent mon sexe, l’empoignent brièvement et avec fermeté le glissent en toi.

Toi, qui vient à l’instant de sceller ton butin en te posant lourdement sur moi. Dressé tel un phare que j’imagine arrogant, mon sexe subit de plein fouet les vagues déchaînées de la tempête née entre tes cuisses. Tu m’inondes, tu m’absorbes, tu me rejettes. Je résiste tant bien que mal aux forces de ta nature, débordé par le fracas de tes assauts. Je me noie impuissant sous les trombes de ton plaisir. Alors que l’intense déferlement se prolonge, ton visage d’Aphrodite bienveillante émerge des écumes. Tes mains m’invitent à me saisir de tes seins. Je m’accroche vainement à ces précaires espoirs de salut qui déjà m’échappent. Le vent vient brusquement de tourner.

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Ta chevelure, ton dos, tes fesses unissent leurs forces pour tambouriner puissamment sur moi. Polymèle fille d’Éole, tu te lèves et tu retombes impeccablement, verticalement, irrésistiblement, régulièrement. Je ne me sens ni l’envie ni l’énergie de t’échapper, le long supplice est tellement divin. Mais il s’interrompt pourtant avec une incompréhensible gambade de ta part, où es-tu passée ? L’invitation crue des ondulations de ton cul me parvient alors que tu es collée au tronc du saule. Je me relève, je te rejoins, mes mains s’attardent sur ton dos avant de glisser entre tes cuisses, ton sexe est réellement brûlant et humide, le mien est clairement tendu, je ressens une fois de plus cet instinct bassement animal, cet irrésistible appel à venir saillir généreusement en toi.

Est-ce moi qui viens de te pénétrer ou toi qui vient de m’accaparer ?

Entre l’écorce rugueuse et ma queue rageuse, tu entreprends un nouveau voyage. Mes va-et-vient se font brutaux tant tu viens à ma rencontre. Mes mains hésitent un instant entre empoigner fermement tes hanches, agripper la base de tes cheveux ou saisir tes épaules. Mais le tronc du saule est déjà là, ne va-t-il pas finir par te meurtrir si l’on ne tempère pas notre excès de fougue ? Tu t’appuies contre lui pour projeter régulièrement ton corps avec force vers moi, il en résulte de prodigieux carambolages de chairs… Pour moi ça va bien trop fort et bien trop vite, ces extrêmes m’emportent bientôt hors de tout contrôle pour finir par jouir en toi. Jouir prodigieusement en toi. J’en viens à chanceler. À plusieurs reprises, je tente de m’accrocher désespérément à toi en plantant mes ridicules griffes dans ton dos alors que le sol fini par me convaincre de le rejoindre.

Et toi ? Viens… viens avec moi… viens et reste avec moi… viens et reste avec moi en toi…

Étrangement calme, tu t’attardes, figée, là, à enlacer vigoureusement le tronc, il me semble pourtant voir que tes jambes frémissent, tressaillissent. J’ai chaud, tellement chaud que je songe à plonger dans l’étang. Mais mes forces m’abandonnent. Je m’effondre définitivement, les bras en croix, le regard perdu quelque part en direction de la cime du saule.

Tu me rends dingue, tu me fais un effet dingue, j’ai une soif de dingue.

Article rédigé par F.K

Un autre article fiction ?

L'incarnation du magazine, avec sa propre personnalité, ses propres aventures et ses propres récits. Il est libre, ouvert et souvent incorrect. Derrière lui se cache tout.e.s les rédactr.ices.eurs qui ne veulent pas donner leurs identités lors de certaines histoires. Il est la liberté d'être ce qu'on veut à jamais : Épanoui et en train de manger des pâtes !

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