Polyamorie et Bisexualité

polyamorie-bisexualité-leculbordédenouilles

Aujourd’hui on va parler d’un sujet qui me touche particulièrement. Il y a quelque temps a eu lieu la journée de la visibilité bisexuelle (et bi-romantique) : le 23 septembre. J’ai vu passer énormément de publications féministes soi-disant pro-convergence des luttes qui nous donnaient cette fameuse visibilité qu’il nous manque, qui éduquaient sur la bisexualité/ le bi-romantisme, déconstruisaient les clichés sur notre communauté, notre identité et étaient dans une optique de bienveillance.

Fabuleux me direz-vous ! J’en conviens.

Mais je n’ai vu nul-part des contenus traitant du fait que les violences à l’encontre des personnes bisexuelles (qui sont les plus victimes de violences physiques, sexuelles, de genre etc. derrière les personnes hétérosexuelles et homosexuelles. Notons-le : etude-resultats_violencesintrafam-num-24-04-20.pdf (defenseurdesdroits.fr) , https://www.liebertpub.com/doi/full/10.1089/vio.2015.0030 ou encore l’Etude sur les violences de genre de Virage, 2015) peuvent être accentuées par la polyphobie (= discrimination à l’encontre des personnes ayant pour orientation relationnelle la polyamorie/ le polyamour). Je n’ai vu sur aucune page militante, quelqu’un.e, se positionner sur le fait que les personnes bisexuelles ne sont pas toustes monoamoureuses et que le fait qu’elles ne le soient pas toustes, les exposent à plus de biphobie…

Les personnes polyamoureuses bisexuelles n’existeraient pas, ou existeraient sous conditions…

Les personnes polyamoureuses bisexuelles n’existeraient pas : on ne veut pas d’elles. Car elles posent problème à une société qui n’est pas encore prête à les accueillir. Les personnes polyamoureuses bisexuelles existent pourtant bel et bien (coucou hein). Mais on ne veut pas les voir et reconnaître les discriminations qu’elles subissent. Notamment à cause de la croyance qu’elles valideraient ou encourageraient consciemment ou non, les stéréotypes qu’ont les gens sur les personnes bisexuelles (qui seraient toustes par défaut monoamoureuses). Et que de ce fait, on serait -par exemple- directement nocives aux personnes monoamoureux.ses bisexuel.le.s.

Sauf que nous museler en brandissant la polyamorie -notre orientation relationnelle- comme le problème : c’est polyphobe. Et ça accentue la biphobie qu’on vit déjà quotidiennement. C’est très pesant d’être culpabilisé.e régulièrement comme la cause de la biphobie que subissent les personnes monoamoureuses bisexuelles…  On va donc expliciter un peu tout ça avec des exemples pour comprendre en quoi être polyamoureuxse et bisexuel.le ça craint. (Du moins, dans notre société actuelle.) Mais surtout en quoi brandir le drapeau polyA-Bi est d’une importance capitale. Si vous l’êtes, à vos prochaines Pride ou événement féministes pro-convergence des luttes.

On va parler de quoi exactement ?

Je ne vais pas parler de la légitimité des personnes polyamoureuses à faire partie de la communauté LGBTQIA+ car on en fait déjà partie. Il n’y a pas de débat à avoir là-dessus, concerné.e ou pas. Ce serait remettre en question nos expériences de vie. Les discriminations que l’on subit, notre inadaptation à la société monoamoureuse, mono-normative, pensée pour deux etc. Ce serait ‘débattre’ de nos existences : c’est non. Puis ça prouverait encore une fois que le féminisme que certain.e.s prônent n’est pas si féministe que cela… on n’est pas ici pour se faire mutuellement la morale ni créer des injonctions militantes ! Mais pour se déconstruire, prendre conscience de sujets parfois sensibles et méditer dessus avec bienveillance. Prenez une grande inspiration, ça va bien se passer. Dans le meilleur des cas, vous êtes polyamoureuxse et bisexuel.le et j’espère de tout cœur que ce sujet libèrera un poids en vous. Dans l’autre meilleur des cas, vous êtes un.e bon.ne allié.e et vous nous soutiendrez.  Même quand vos ami.e.s auront des propos problématiques hein ! Évidemment, il n’y a pas de pire des cas, on positive dans Le Cul Bordé de Nouilles Magazine et on espère que nos lecteurices sont ouvert.e.s d’esprit, acceuillant.e.s et non-discriminant.e.s.  On vous aime ! C’est parti… 

Commençons par une citation et un article similaire…

On va commencer en citant LaVieenQueer (2018) : « Lorsqu’on partage plusieurs identités marginalisées, on subit une addition des deux oppressions, mais également une situation spécifique issue du croisement entre les deux » (ICI). Je vous invite vivement à lire cet article d’une grande qualité pour compléter ma pensée, qui n’est pas trop influencé par l’identité Queer de l’auteur, car j’ai du mal à rester neutre quand ça me concerne directement. Bien que je ne m’en excuse pas, je peux comprendre que certaines personnes soient intéressées par la pensée d’autres auteurices. Ce qui montre d’ailleurs qu’on est de plus en plus à soulever cette même problématique… C’est rassurant ! En revanche cet article a quelques années, ne donne pas une définition correcte de la polyamorie/ du polyamour et la confond avec les relations polyamoureuses. Soyez vigilant.e.s.

Je vous conseillerai à la fin de cet article des comptes Instagram qui parle de polyamorie et relations polyamoureuses surtout, qui se ressaisiront peut-être du sujet ou pas, mais qui sont aidant et n’invalideront pas votre vécu polyamorie – bisexualité spécifique. 

Le stéréotype de la personne bisexuelle « valide » socialement :

En effet, quand on partage plusieurs identités marginalisées, les discriminations que l’on subit convergent, s’entrecroisent et nous stigmatisent de manière additionnelle. Les personnes bisexuelles sont très mal représentées à la télévision et sur les plateformes de streaming par exemple. Parmi les stéréotypes de la personne bisexuelle, on compte le fait qu’elles seraient moins fidèles en amour, qu’elles auraient plus de choix sexuellement et ‘sauteraient sur tout ce qui bougent’, qu’elles seraient des grandes adeptes des plans à trois et/ ou des orgies, qu’elles ne sont pas vraiment bisexuelles si elles ne sortent pas en même temps avec plusieurs personnes de genre différents (et si possible en restant dans la binarité hein… hum hum transphobie), qu’elles sont en fait des ‘homosexuelles refoulées’, que la bisexualité est une phase, voire un caprice (courage aux adolescent.e.s qui décident de faire leur coming-out), que si elles sortent avec une seule personne du « genre opposé » elles sont par défaut hétérosexuel etc. C’est une liste non exhaustive.

Bien-entendu, les stéréotypes de la personne bisexuelle sont biphobes.

Et même si certaines personnes bisexuelles valident ces stéréotypes en appréciant particulièrement les plans à trois ou en aimant sortir avec plusieurs personnes de genres différents, on ne doit en aucun cas faire reposer sur nos adelphes bisexuelles qui colleraient aux stéréotypes le poids de l’invisibilisation des personnes bisexuelles ne collant pas à ces stéréotypes. Car ce ne sont pas elleux qui valident les stéréotypes, mais les gens qui croient à ces stéréotypes en les identifiant comme bisexuel.le vis-à-vis de ces critères discriminants. Iels vivent juste leur vie et aimeraient bien qu’on leur fiche la paix. Comme n’importe quel.le individu.e discriminé.e peu importe la discrimination.  

Dites-vous que les personnes bisexuelles sont considérées par défaut comme hétérosexuelles si elles sont en relation perçue comme hétérosexuelle et homosexuelles si dans une relation perçue comme homosexuelle. Les personnes bisexuelles ne sont jamais considérées, envisagées comme possiblement bisexuelle même quand elles sont célibataires… Quand une personne lesbienne peut être socialement perçue comme lesbienne au bras de sa partenaire, une personne bisexuelle ne sera perçue comme bisexuelle que si elle est aux bras de plusieurs personnes de genres différents. Et encore, vous avez déjà croisé un trouple s’officialisant dans la rue vous ? Dans une série sans que ça se passe mal ou qu’iels soient mal-représenté.e.s ? Ce n’est pas tolérer dans notre société et dans l’espace public particulièrement.

Parlons polyamorie, maintenant qu’on a bien posé le cadre.

Polyamorie/ polyamour : C’est une orientation relationnelle LGBTQIA+, une identité Queer à part entière. Une personne qui porte en elle la polyamorie, qui est polyamoureuse, a la capacité d’aimer plusieurs personnes en même temps. Même si elle est célibataire, elle reste polyamoureuse. Même en couple normé elle est polyamoureuse. Elle l’est et elle ne le devient pas et ne peut pas non plus ne plus l’être. 

À ne pas confondre avec la relation polyamoureuse qui est choisie et tout simplement un schéma relationnel non-exclusif (c’est un type de relation donc aucun rapport).

Parmi les autres orientations relationnelles faisant partie de la communauté LGBTQIA+ on a aussi l’ambiamorie/ l’ambiamour et la nonamorie/ le nonamour. Mais nous n’en parlerons pas aujourd’hui, je les cite pour vous aider à la compréhension. L’orientation relationnel est un spectre, tout comme la bisexualité d’ailleurs. Si vous avez des questionnements sur la polyamorie et la différence avec les relations polyamoureuses, j’ai plusieurs publications sur mon compte qui peuvent vous aiguiller. Mais revenons à notre sujet !

L’ultra-invisibilisation de la polyamorie…

La polyamorie étant ultra-invisibilisée (la bisexualité est plus visible quand même), lorsqu’on décide d’avoir plusieurs partenaires de genres différents, car on aime plusieurs personnes et qu’on souhaite s’engager sérieusement avec, on est validé.e socialement en tant que bisexuel.le : car on colle parfaitement aux stéréotypes de la personne bisexuelle avec deux partenaires de genre différents. Plus de deux s’est moins toléré (et je parle bien de tolérance et non d’acceptance). Mais on n’est pas forcément validé.e en tant que personne polyamoureuxse. Tout le monde n’est pas au courant de ce qu’est la polyamorie/ le polyamour et peut être polyphobe… consciemment ou non. 

On peut donc se sentir bien socialement car enfin existant.e en tant que bisexuel.le et polyamoureuxse mais horriblement mal, car il y a derrière une double-oppression ambiante (ce n’est pas parce qu’on existe, qu’on nous reconnaît enfin, qu’on veut de nous) . C’est une ambivalence complexe à vivre. Et je n’imagine même pas le calvaire des personne variorientées (= orientation sexuelle et romantique différente) que la communauté LGBTQIA+ ne reconnaît même pas… La société n’est pas encore capable de différencier l’amour/ l’attirance romantique du sexe/ de l’attirance sexuelle. Elle produit donc des stéréotypes auxquelles les personnes bisexuelles devraient parfaitement coller pour être reconnues et éventuellement acceptées. Et des stéréotypes de la personne polyamoureuse ! Notamment le fait que la polyamorie est un choix et/ ou une façon de vivre (non !), qu’on est infidèle, qu’on n’est pas capable d’avoir des relations sérieuses, qu’on n’a pas trouvé lea bon.ne, qu’on n’est pas fiable, qu’on a constamment plusieurs partenaires sexuels en même temps, que ça rime avec la polygamie, qu’on est des adeptes des orgies, qu’on s’inventerait une orientation pour pouvoir facilement tromper, qu’on n’est pas jalouxses, qu’on est un concept, une mode etc. Liste non-exhaustive encore une fois !

On est rejeté.e par les personnes monoamoureuses bisexuelles !

On va se focaliser sur le fait qu’on est rejeté.e par les personnes bisexuelles monoamoureuses, la communauté LGBTQIA+ en général, les personnes hétéronormatives pseudo-alliées. Car en validant le stéréotype de la personne bisexuelle en sortant avec plusieurs personnes (grâce à notre polyamorie possiblement) on serait à l’origine même de ce stéréotype et on contribuerait à sa pérennité. Sortez-vous cette croyance polyphobe de la tête : c’est faux. Je rappelle qu’il y a des personnes polyamoureuxses en couple, marié.e.s exclusivement, célibataires etc. Car la polyamorie ne rime pas avec les relations non-exclusives ni avec la bisexualité. On peut d’ailleurs être polyamoureuxse et hétérosexuel.le. 

Ce sont deux identités distinctes ! 

Notre identité polyamoureuse est effacée derrière les personnes monoamoureuses bisexuelles. Premièrement, la polyamorie est une identité Queer massivement stigmatisées : quand on fait notre coming-out (si on le souhaite) que ce soit à notre famille ou notre entourage Queer ou pas, il faut déjà expliquer ce que c’est puis leur prouver que la polyamorie existe bien… Puis s’iels ont le malheur de chercher sur le net iels tomberont majoritairement sur des contenus polyphobes, qui confondent notamment la polyamorie avec la relation polyamoureuse ou la polygamie, l’adultère etc. Sinon il y a toujours le point de vue de E. Zemmour sur le sujet dont on se passera volontiers tellement c’est violent… Mais quand on est polyamoureuxse ET bisexuel.le.s les gens ne retiennent que le fait qu’on soit bisexuel.le selon leur niveau de déconstruction à la bisexualité. Puisque la polyamorie n’étant pas représentée/ tolérée et éventuellement acceptée dans la communauté LGBTQIA+ en France. On ne peut se rattacher qu’à la communauté spécifiquement polyamoureuse. Et elle n’est pas non plus sécure en tout point. S’il y a des personnes sexisées sexistes, des personnes homosexuelles homophobes, des personnes racisées racistes, il y aussi des personnes polyamoureuxses polyphobes (on intériorise toustes des tonnes de discriminations même à notre encontre). D’ailleurs en France, on n’est pas tant que ça à tenir des comptes militants qui parle de polyamorie/ polyamour… et il n’existe pas d’association qui lutte contre la polyphobie spécifiquement. C’est la merde hein ! Deuxièmement, je tiens à préciser que comme beaucoup de personne ne tolèrent notre polyamorie dans la communauté LGBTQIA+ que si on a une autre identité plus « valide », qui légitimiserait notre existence dans cette dernière, ça accentue aussi le fait qu’on serait négatif vis-à-vis des personnes bisexuelles « valides » donc monoamoureuses.

Fun fact : on est « valide » nous aussi et ce n’est pas parce que vous êtes monoamoureuxses que vous ne pouvez pas avoir de relation non-exclusives et perpétrer le stéréotype de la personne bisexuelle (qui ‘coucherait avec tout le monde’ par exemple). Dernièrement, si vous êtes monoamoureuxses et bisexuel.le.s prenez conscience de votre privilège : votre monoamorie. Et déconstruisez-le pour éviter d’être polyphobe et biphobe envers nous, alors qu’on devrait se soutenir ! Please. 

Rappel et conclusion

Je rappelle qu’il n’existe pas de féminisme sans les personnes polyamoureuses, car le féminisme est pro-convergence des luttes ou n’est pas. Et que la polyphobie fait partie des discriminations à combattre en plus du sexisme, du racisme, de la transphobie, de la psychophobie etc. 

J’adresse cet article à toute personne se sentant concernée par cette problématique. Je pense particulièrement aux personnes pansexuelles ou polysexuelles qui sont elleux encore plus invisibilisées que les personnes bisexuelles, qui sont même noyées parfois sous le spectre bisexuel (tout le monde n’adhère pas non plus au fait que la bisexualité serait un spectre et n’apprécient pas spécialement d’être identifiée en tant que « Bi+ »). Si vous êtes de ces personnes polyamoureuses pansexuelles par exemple, qui se reconnaissent dans cet article, vous êtes légitimes et je vous accueille les bras grands ouverts ! On a tant de difficultés en commun qu’on doit se serrer les coudes à fond… J’espère que cet article vous aura permis de réfléchir grâce à quelques exemples et vérités des difficultés d’être polyamoureuxse et bisexuel.le et de ne pas avoir le soutien de la communauté qui devrait nous soutenir et d’adelphes bisexuel.le.s monoamoureuxses qui devraient nous voir comme leurs égaux/ égales, et s’en prendre à cette société patriarcale bien pourrie au lieu de nous rejeter. Je ne vous dis pas non plus quelle attitude militante vous devez adopter, mais il serait temps de nous laisser exister en paix ! 

Et de nous visibiliser ! Surtout. 

Liste de trois comptes Instagram francophone que j’apprécie particulièrement, qui certes ne sont pas en accord avec toutes mes valeurs et mon combat contre la polyphobie, mais méritent votre abonnement sincère : Je les aime <3

@polyamour_euse

@les_maroueuses

@tespoly

On vous fait des bisous si consentis !

Article rédigé par Noémie Rodrigues-Ribeiro Bonnefoy
@__niena__ | @universdeniena sur Instagram.

Un autre article ?

L'incarnation du magazine, avec sa propre personnalité, ses propres aventures et ses propres récits. Il est libre, ouvert et souvent incorrect. Derrière lui se cache tout.e.s les rédactr.ices.eurs qui ne veulent pas donner leurs identités lors de certaines histoires. Il est la liberté d'être ce qu'on veut à jamais : Épanoui et en train de manger des pâtes !

Leave Your Comment


© 2017 Le cul bordé de nouilles - Tous droits réservés
Design by Morgane Baisamy