Artosexe #7 : “Cliteracy” de Sophia Wallace

“Mon rêve est de changer radicalement notre façon de penser les corps, afin que le corps de chacun soit respecté.”

Telle est la volonté de Sophia Wallace, artiste américaine pluridisciplinaire qui développe une pratique entre performances, installations, interventions de rue et créations d’objets basés sur le texte et l’écrit. Et l’un des principaux sujets de Sophia, c’est le clitoris.

Cet organe est le parfait témoin du contrôle qui s’est opéré sur les corps des femmes pendant des siècles. Alternant entre découvertes, oublis, redécouvertes et connaissances inexactes, il aura fallu attendre 1998 pour enfin obtenir l’anatomie complète du clitoris, soit comme Sophia aime le rappeler, 29 ans après que l’homme ait marché sur la Lune. 

Sophia Wallace, CLITERACY, © Sophia Wallace

Avec son projet CLITERACY, Sophia Wallace souhaite non seulement partager des représentations de l’anatomie et du plaisir féminin. Mais elle présente également une réelle dimension militante. Et promeut des messages puissants contre les tabous et les idées reçues qui touchent la sexualité féminine.

“Cet organe, qui n’est dédié qu’au plaisir et qui est présent chez la moitié des êtres humains […], est pourtant totalement absent des représentations visuelles. Les lois de CLITERACY explorent un paradoxe : l’hypersexualisation des corps assignés femme, dans un contexte d’ignorance scientifique et de tabou culturel. CLITERACY recentre le clitoris dans la position de sujet, offrant un nouveau langage et venant perturber les hiérarchies de genre. Ce projet […] soutient que chaque corps a le droit de prendre du plaisir.”

Laissez-moi donc vous présenter quelques-unes de ses œuvres.

100 Natural Laws

L’installation 100 Natural Laws se compose de texte, présenté sous la forme de phrases très courtes inscrites en doré, argenté et bronze sur un gigantesque panneau blanc. Par ces mots, l’artiste convoque diverses sources scientifiques ou populaires. Afin de transmettre des connaissances permettant de déconstruire la vision normative hétéro-centrée et misogyne du sexe et du plaisir, aujourd’hui encore dominante dans notre société. “La moitié des individus de cette planète sont nés avec un clitoris, pourtant la médecine l’ignore catégoriquement”, “L’orgasme vaginal est un mythe inventé par Freud en 1905” ou encore “Il y a 8 000 terminaisons nerveuses dans le clitoris”

Sophia Wallace, 100 Natural Laws, 2012 © Sophia Wallace

Άδάμας (Adamas)

Άδάμας, prononcé Adamas, en grec signifie “impossible à conquérir”. Cet imposant clitoris serait -à la connaissance de l’artiste- la première sculpture anatomiquement correcte de l’organe. En métal, et mesurant près de deux mètres de haut, celui-ci se dresse debout sur son socle. Ce qui est intéressant, c’est que l’artiste raconte les difficultés qu’elle a pu rencontrer pendant la mise en œuvre de cette sculpture. Elle souhaitait rendre ce clitoris aussi exact que possible. Mais le terrible manque de représentations et de connaissances au moment de sa réalisation a rendu cette tâche plus complexe que prévu. 

Sophia Wallace, Άδάμας, 2013 © Sophia Wallace

Formless 

L’œuvre Formless reprend la même modélisation du clitoris que Adamas. Mais ici le clitoris est absent. Composée de plaques transparentes de plexiglas qui ont été découpées, cette représentation de l’organe génital n’existe qu’en négatif dans l’espace. Il a été retiré de la forme elle-même. Cette sculpture est donc presque invisible. Sophia Wallace critique ici l’absence prédominante du clitoris dans les représentations aussi bien culturelles que scientifiques. 

Sophia Wallace, Formless, 2014 © Sophia Wallace

Je peux conclure avec les mots de Sophia :

“Nous ne pouvons pas avoir une société fonctionnelle si la moitié de cette société a honte de ses parties génitales et ne ressent pas de plaisir.”

Je vous invite grande à aller jeter un coup d’œil au superbe travail de Sophia Wallace sur son site et sur son instagram

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