« Chasse à la Licorne » : prédation sexuelle et exploitation des minorités sexuelles.

Aujourd’hui on va parler d’une pratique LGBTQIA+phobe pratiquée par des personnes privilégiées (principalement les hommes cisgenres hétérosexuels) dont le but est la satisfaction de leurs fantasmes sexuels (contenant de la fétichisation), à travers la prédation sexuelle des minorités sexuelles. J’ai nommé la fameuse « Chasse à la Licorne ». Chèr·e·s lecteurices passioné·e·s par l’époque de la Renaissance, nous n’allons pas parler des sept tapisseries réalisées à la fin du XVe siècle – début du XVIe siècle par un·e parfait·e inconnu·e s’intitulant « La Chasse à la Licorne » mais d’une thématique bien moins courtoise croyez-moi… cependant vous aurez de belles œuvres d’art pour accompagner l’article et vous cultiver.

Qu’est-ce que la « Chasse à la Licorne » ?

Derrière l’appellation « chasse à la licorne » qui peut paraître pour certain·e·s inoffensive voire même attrayante, se cache l’incarnation même de l’exploitation des minorités sexuelles sexisées par celleux qui perpétuent le statu quo (la société patriarcale). Mais qu’est-ce que c’est la « chasse à la licorne » ? Dans le langage de la communauté libertine, c’est une pratique dans laquelle un couple (souvent exclusif/ traditionnel) cherche temporairement une personne pour s’adonner à des pratiques sexuelles avec elleux (e.g. triolisme ou candaulisme). La « licorne » doit être disposée à avoir des relations sexuelles avec le couple uniquement (et non avec un·e des partenaires en l’absence de l’autre théoriquement), ne pas développer d’affection pour elleux, ni faire quoique ce soit qui puisse impacter négativement le couple préexistant. Cette personne ne participe qu’aux relations sexuelles avec le couple, point.

« La Capture de la Licorne » d’un·e artiste inconnu·e (XIIIe siècle)

Communauté polyamoureuse ou communauté libertine ?

La « chasse à la licorne » est une pratique libertine car ayant pour finalité une intention de relation(s) sexuelle(s). De ce fait, elle n’a aucun rapport avec la communauté polyamoureuse et ne doit en aucun cas y être associée. La communauté polyamoureuse regroupe des personnes ayant pour orientation relationnelle la polyamorie (et ses micro-labels e.g. ambiamorie, nonamorie, polyplatonisme…) appartenant aussi à la communauté LGBTQIA+ et/ ou des personnes engagées dans des schémas relationnels polyamoureux (e.g. trouple, relation en V, relation polyamoureuse hiérarchique, anarchie relationnelle…) et/ ou ayant un comportement relationnel polyamoureux (pour plus d’informations rendez-vous sur le compte Instagram @polyamourbonjour ou @__niena__).

Gardez un esprit critique quand vous atterrissez sur des sites internet, forums, blogs, comptes Instagram… qui se veulent polya-friendly car l’association entre des pratiques sexuelles libertines et la communauté polyamoureuse est polyphobe. Maintenant qu’on sait en quoi consiste la « chasse à la licorne », quelqu’un·e peut-iel m’expliquer pourquoi est-elle dangereuse ? Je vous laisse réfléchir quelques instants. Toujours pas ? Pourtant c’est évident. Et si on commençait par analyser le profil de la « licorne » ?

« Licorne » de Barthélemy l’Anglais (XVe siècle)

« Chasse à la Licorne » : la fétichisation sexuelle des personnes bisexuelles (majoritairement sexisées).

La « licorne » est presque exclusivement une personne perçue comme femme (donc sexisée) bisexuelle (ou pansexuelle, omnisexuelle, polysexuelle…). Le couple qui « chasse » la personne sexisée bisexuelle est quasiment toujours hétérosexuel monoamoureux-monogame, composé d’un homme et d’une femme cisgenres friand « d’expériences » pour « pimenter » leur relation.

Parmi les pratiques discriminantes envers les personnes bisexuelles, la considération de ces dernièr·e·s comme une « expérience sexuelle » demeure, les déshumanisant (et oui la biphobie ça ne passe pas que par les insultes). La catégorie « bisexual » sur les plateformes pornographiques mainstream en témoigne : iels sont fétichisé·e·s. Et dans ce cas-là, on ne parle pas de fétichisme comme le fait d’être excité·e par un objet (e.g. chaussures à talons), une matière (e.g. latex) ou une partie du corps (e.g. pieds) mais de fétichisation sexuelle. Ce n’est pas la même chose ! La fétichisation des personnes bisexuelles (biphobie), des personnes noires (racisme), des personnes grosses (grossophobie), des personnes transgenres (transphobie)… est discriminatoire.

Selon Rokhaya Diallo dans une interview donnée au magazine Cosmopolitan sur la manifestation du racisme dans les relations affectives « Lorsqu’on voit une femme non-blanche, on ne la considère plus dans son individualité mais dans son appartenance à un groupe réel ou supposé. On va lui prêter des caractéristiques négatives ou positives du fait des préjugés qu’on associe à un groupe plus large. On projette sur leurs corps une forme de puissance sexuelle et d’animalité, un petit peu sauvage qui les prête à une certaine sexualité, hypersexualité. […] Les femmes asiatiques sont considérées comme très dociles, très discrètes et donc certaines personnes qui les fétichisent vont être attirées par ces femmes en imaginant pouvoir asseoir une domination sur elles […]. Les femmes noires, ce ne sont pas un ‘type de personne’. Dans les femmes noires, il y a une variété de types même en termes de traits, de morphologies physiques qui ne me semblent pas permettre de croire qu’on retrouvera quelque chose de similaire d’une femme noire à une autre […] » (pour visionner l’interview entièrement : https://www.cosmopolitan.fr/fetichisation-et-racisme-dans-le-couple-l-analyse-de-rokhaya-diallo,2054999.asp).

La fétichisation sexuelle des groupes sociaux stigmatisés (e.g. personnes grosses, personnes lesbiennes, personnes racisées…) se base sur l’adhésion aux stéréotypes négatifs, préjugés et idées reçues sur les personnes composant ces groupes. La fétichisation sexuelle déshumanise les individu·e·s ciblé·e·s en les reléguant au plan « d’objet sexuel », en les envisageant uniquement comme un ensemble de clichés sexuels ne les laissant pas maître·sse de leur (non-)sexualité et en les faisant exister uniquement sous le prisme du potentiel assouvissement des fantasmes sexuels de la personne les fétichisant sexuellement, leur ôtant toute agentivité.

Mais quand est-il des personnes bisexuelles spécifiquement ? Les clichés biphobes.

La fétichisation sexuelle des personnes bisexuelles se basent donc sur les clichés biphobes. En quelques clics sur internet, je vous en ai trouvé un certain nombre sur lesquels la fétichisation sexuelle des personnes bisexuelles s’appuie (TW Biphobie) : la bisexualité propagerait les IST (Infections Sexuellement Transmissibles) ; les bisexuel·les seraient « phobiques » de l’engagement ; les bisexuel·les ne seraient intéressé·e·s que par le triolisme ; les bisexuel·le·s ne feraient qu’« expérimenter » ; les bisexuel·le·s seraient attiré·e·s par toutes les personnes qu’iels rencontrent ; iels « sauteraient sur tout ce qui bouge » et ne « feraient pas les difficiles » ; les bisexuel·le·s auraient des « mœurs légères » ; les bisexuel·le·s aimeraient toustes les « trucs coquins » ; les bisexuel.le.s auraient une sexualité « débridée » ; les bisexuel·le·s seraient des « pervers·e·s » et « obsédé·e·s sexuels »…

Mais quel est le rapport avec la « chasse à la licorne » ? On s’éloigne de la thématique ? Eh non, on est en plein dedans. La pratique de la « chasse à la licorne » est une extension de la fétichisation sexuelle des personnes bisexuelles. La pratique de la « chasse à la licorne » se base sur tous les clichés biphobes sur les personnes bisexuelles… et perpétue ainsi l’adhésion à ces derniers. Parce que forcément, les couples hétérosexuels qui rencontrent une personne bisexuelle vont se conforter dans leurs clichés biphobes (consciemment ou non).

Mais attention ! Ce ne sont pas les personnes bisexuelles qui affectionnent les pratiques libertines (e.g. le triolisme) … qui doivent être pointées du doigts. Iels vivent leur sexualité (quand bien même je leur recommande de pratiquer au sein d’une communauté e.g. clubs libertins LGBTQIA+ plutôt que de répondre aux annonces des couples hétérosexuels sur les applications de rencontres) mais les personnes qui les fétichisent sexuellement.

« Chasse à la Licorne » : au cœur des rapports de domination altérant le consentement de la minorité sexuelle.

Au-delà de la problématique de la fétichisation sexuelle sur laquelle repose la « chasse à la licorne », le rapport de domination entre DES personnes privilégiées et UNE personne minoritaire devrait commencer à vous inquiéter, si vous n’étiez pas convaincu·e du caractère dangereux de cette pratique jusqu’à maintenant. En effet, un rapport dominant·e·s/ dominé·e existe. Et je ne parle pas de pratiques BDSM (Bondage et Discipline, Domination et Soumission, Sadisme et Masochisme) car le rapport de domination/ soumission imposé à la « licorne » n’est pas consensuel, rarement conscientisé et il est impossible de s’en extraire puisque nous vivons dans une société qui fonctionne sur la base de tels rapports. Le couple hétérosexuel aura un pouvoir de domination sur la personne minoritaire sexuellement car cette hiérarchie entre elleux est sociale (du fait de l’agencement de notre société patriarcale) et ne peut disparaître ‘miraculeusement’ dans le cadre d’un rapport sexuel. Non, nous ne sommes pas toustes à égalité dénudé·e·s dans un lit sous une couette.

Il y a deux individu·e·s socialement privilégié·e·s (hétérosexuel·le·s) en relation de couple -la garantie d’un avantageux statut social- face à une seule personne minoritaire sexuellement (non-hétérosexuelle e.g. bisexuelle, pansexuelle, omnisexuelle…). Bien-entendu, d’autres stigmates peuvent entrer en jeux rendant la personne « licorne » encore plus vulnérable (e.g. une femme transgenre noire bisexuelle ou une personne non-binaire sexisée et handicapée). Il y a donc une hiérarchie qui ne peut disparaître dans le cadre de relations sexuelles, qui seront d’emblées inégalitaires. Pour les personnes minoritaires sexuellement appréciant le triolisme et autres pratiques libertines avec des couples : je vous conseille de pratiquer au sein d’une communauté LGBTQIA+friendly sensibilisée aux dangers et mécanismes de domination des « chasse à la licorne ». Tout comme les LGBTQIA+phobies ne disparaissent pas ‘par l’opération du Saint-Esprit’ au sein d’une relation entre deux personnes (ou plus) LGBTQIA+ (car les oppressions sont intériorisées) ou alors entre une/ des personne(s) non-LGBT+ et une/ des personne(s) LGBT+… La personne « licorne » est non seulement désavantagée en nombre face au couple et surtout vulnérable en raison d’un/ des stigmate(s) que le couple ne possède pas. Ce dernier, va se servir (consciemment ou non) de ses avantages sociaux pour asseoir sa domination sur la personne minoritaire sexuellement. Les négociations des modalités de la relation sexuelle (règles et limites) seront toujours en faveur du couple hétérosexuel et ne bénéficiera jamais -de quelques manières que ce soit- à la personne minoritaire sexuellement qui est -par essence- dans une position défavorable. Il est aussi important de rappeler, que la femme cisgenre du couple hétérosexuelle (qu’elle soit hétérosexuelle ou non-hétérosexuelle) participe tout-de-même à la « chasse » avec son conjoint. Bien que nous ne mettions pas de côté la domination du conjoint ultra-privilégié (homme cisgenre hétérosexuel) sur sa compagne sexisée et possiblement minoritaire sexuellement, nous ne pouvons pas déresponsabiliser la conjointe de sa participation à la « chasse à la licorne ».

« La Dame à la Licorne » d’un·e artiste inconnu·e (vers 1484-1538)

Les conjointes ont aussi leur part de responsabilité : elles peuvent être complices.

Ce pourquoi cet article est aussi à destination des conjointes qui ne voyaient pas le problème jusqu’à présent. Certaines sont d’ailleurs relativement engagées dans la « chasse » (les résultats des sondages et les captures d’écrans d’annonces des applications de rencontres en sont la preuve), choisissant elles-mêmes la « licorne » parfois. Bien que cela peut s’apparenter à une charge mentale supplémentaire imposée par le conjoint, nous ne pouvons pas négliger la complicité. Je ne vais pas m’étendre plus sur le rôle de la conjointe dans le couple hétérosexuel pratiquant la « chasse à la licorne ». Je tenais simplement à rappeler que, bien que conscient·e des dynamiques de domination se jouant au sein même du couple, cela n’excuse pas la participation de la conjointe à la « chasse ». Mais sa condition de personne sexisée et les autres stigmates qu’elle possèderait -créant une inégalité dans son couple- sont à prendre en considération.

« La Dame à la Licorne » d’un·e artiste inconnu·e (vers 1484-1538)

Le consentement de la personne minoritaire sexuellement est altéré.

Nous sommes donc légitimement en droit de nous poser la question suivante : dans une telle situation de vulnérabilité et d’inégalité, le consentement de la personne minoritaire sexuellement est-il altéré ? La réponse est simple : oui.

En revanche, les pratiques telle que le triolisme couple/ personne seule (différent de trois personnes seules) peuvent être encadrées pour permettre le consentement le « moins » altéré possible, en réduisant divers facteurs influant directement dessus. Pourquoi ? Parce que la prise de conscience (si ce n’était pas le cas) de la dangerosité de la « chasse à la licorne » pour les personnes minoritaires sexuellement envisagées comme « licorne » ne va pas empêcher sa pratique. Et le but de mon article n’est en aucun cas de modifier les comportements et les pratiques sexuelles de mes adelphes.

Si des personnes minoritaires sexuellement apprécient avoir des relations sexuelles avec des couples hétérosexuels et que c’est un aspect important de leur vie sexuelle, la meilleure stratégie de protection ne sera pas de créer des injonctions ou de faire reposer sur elleux leur propre sécurité. Mais d’aller « casser l’ambiance » du côté des couples hétérosexuels et de les mettre face à leurs pratiques plus que discutables… Je vais vous donner un exemple d’une situation dans laquelle la personne minoritaire sexuellement sera encadrée et une situation dans laquelle elle risque une mauvaise expérience voire même subir des violences.

Situation A -encadrée- : une personne minoritaire sexuellement se rend dans une soirée communautaire libertine LGBTQIA+friendly avec une thématique explicite indiquant qu’iels rencontrerons probablement des couples pratiquant la « chasse à la licorne ». Il y a des règles strictes propre à la soirée instaurant un cadre, indépendamment des règles que les libertin·e·s instaureront entre-elleux, qui si non-respectées excluront définitivement la personne les bafouant. Sur place, il y a des agent·e·s de sécurité ou un service d’ordre.

Situation B -non-encadrée- : une personne minoritaire sexuellement contacte un couple pratiquant la « chasse à la licorne » sur un site de rencontre non spécialisé dans les pratiques libertines (e.g. Tinder). Bien-entendu, dans la 1ère situation, on ne peut pas exclure les risques de violences et de mauvaises expériences. Mais elles seront réduites par l’encadrement de la soirée. De plus, je tiens à réaffirmer que seul·e·s les « chasseur·e·s de licorne » doivent être blâmé·e·s en cas de plainte de la personne « licorne » (e.g. violences sexuelles et/ ou psychologiques et mauvaise expérience). De plus, il existe des alternatives à la « chasse à la licorne » classique, comme la participation à des triolisme entre personnes non-hétérosexuelles (e.g. en non-mixité entre minorités sexuelles sexisées).

Enfin, pour s’interroger plus amplement sur le couple hétérosexuel « chassant » des « licornes » une question me vient. Plutôt DES questions rhétoriques, qui trouvent des réponses dans mon article ci-dessus jusqu’à maintenant et nous permettent de saisir la violence derrière cette pratique.

« La Chasse à la Licorne » d’un·e artiste inconnu·e (vers 1455-1506)

Pourquoi les couples hétérosexuels recherchent uniquement des personnes perçues comme femme (sexisées) bisexuelles ? Pourquoi ne pas rechercher un homme cisgenre bisexuel (bien que la fétichisation sexuelle soit toujours présente dans ce cas-là) ? Pourquoi ne pas rechercher une personne hétérosexuelle qui souhaite « expérimenter » comme le fait ce même couple ? Pourquoi chercher une minorité sexuelle plutôt qu’une personne privilégiée comme elleux ? Pourquoi ces couples « chassent » majoritairement sur les applications de rencontre non-adaptées à leur demande au lieu de se rendre dans des clubs libertins ou sur des sites de rencontre spécialisés ? Pourquoi ces personnes ont-iels autant d’attentes et d’exigences envers la minorité sexuelle qu’iels recherchent ? Pourquoi ne payent-iels pas pour les services sexuels d’un·e travailleur·se·s du sexe ? Pourquoi la plupart des personnes « licornes » sont généralement bien plus jeunes que le couple hétérosexuel (e.g. couple d’une trentaine d’années vs jeune personne sexisée d’une vingtaine d’années voire tout juste majeure) qui les « chasse » ? Ne doit-on pas plutôt parler de prédation sexuelle ? La « chasse à la licorne » n’est-elle pas finalement une pratique de prédation hébécriminelle/ éphébocriminelle* acceptable socialement ? Je vais répondre brièvement à ces questionnements rhétoriques qui ont pour visée de vous faire comprendre la dangerosité de la « chasse à la licorne » ou plutôt de la prédation sexuelle et de l’exploitation des minorités sexuelles.

* Hébécriminalité/ Ephébocriminalité : termes plus respectueux créés par les survivant·e·s à partir du vocabulaire psychanalytique. La psychanalyse est à l’origine de la création des termes « pédophilie » et « hébéphilie/ éphébophilie ». Cependant, ces mots posent problèmes dans leur étymologie car signifiants littéralement « aimer les enfants » pour « pédophilie » et « aimer les adolescent·e·s » pour « hébéphilie/ éphébophilie ». Or, quand on violente sexuellement (e.g. viols, agressions sexuelles, harcèlement sexuel, prédation sexuelle…) il n’y a pas d’amour (ni aucune forme d’affection) mais uniquement de la violence. La différence entre ces termes : pour « pédocriminalité » la victime était prépubère et pour « hébécriminalité/ éphébocriminalité » la victime était pubère. De plus, l’hébécriminalité/ éphébocriminalité peut s’étendre au-delà de la majorité civile. Bien-entendu, seul·e·s les survivant·e·s peuvent décider par elleux-mêmes, selon leurs ressentis et ce qu’iels ont subi, le(s) terme(s) qui leur convient. Certain·e·s victimes qui étaient pubères aux moments des violences, préfèrent le terme pédocriminalité et c’est parfaitement légitime. Pour plus d’informations, la publication du compte Instagram @deconstruction.pedocriminalite « Faut-il séparer pédocriminalité d’hébécriminalité ? » peut vous intéresser : https://www.instagram.com/deconstruction.pedocriminalite/.

« Chasse à la Licorne » : synonyme de prédation sexuelle.

En effet, la « chasse » des personnes « licornes » ressemble étrangement (tiens-donc) à la prédation sexuelle que subissent des survivant·e·s de violences sexuelles, pédocriminalité, hébécriminalité/ éphébocriminalité, prédateur·ice·s sexuels (la prédation étant une violence en tant que telle) … Mais qu’est-ce que la prédation sexuelle ou grooming en anglais ? Selon le site https://www.survivorsuk.org/ et mes quelques ajouts personnels, c’est le processus utilisé par un·e agresseur·euse sexuel/ violeur·euse/ pédocriminel·le/ hébécriminel·le… pour désensibiliser un·e individu·e, dans le but de lea rendre moins susceptible de rejeter ou de dénoncer un comportement violent. Toujours selon la même source : « La prédation sexuelle peut se produire en cas de déséquilibre de pouvoir au sein d’une relation, que l’agresseur·euse exploite pour sa propre satisfaction. Il s’agit d’une approche très souvent utilisée par les pédocriminel·le/ hébécriminel·le, à la fois sur les enfants et sur les parents (détournement de mineur·e·s et manipulation). Toutefois, les adultes aussi peuvent être victimes de prédation sexuelle ». Je tiens à ajouter que les termes « chasse » et « licorne » sont tellement problématiques qu’ils devraient à eux-seuls être révélateurs de la prédation sexuelle quasi-indissociable de cette « pratique libertine ». Les minorités sexuelles ne sont pas des proies (sauf pour les prédateur·ice·s sexuels) et la chasse n’inclue pas la notion de consentement aux dernières nouvelles (les proies animales chassées n’ont pas donnée leur consentement pour être tuées). Il n’est donc pas spécialement surprenant qu’un lien plus qu’évident soit fait entre « « « chasse à la licorne » » » et prédation sexuelle. Peut-être ne ferait-on pas si facilement la jonction entre ces deux synonymes (dont l’un se veut passer inaperçu alors qu’il n’est qu’une technique parmi tant d’autres, pour désensibiliser les éventuelles résistances/ méfiances de lea futur·e victime) si les couples hétérosexuels la pratiquant n’adoptait pas une démarche de prédateur·ice sexuel pour trouver un·e futur·e partenaire/ victime (se référer aux questions rhétoriques quelques paragraphes ci-dessus) ?

« Jeune fille et la Licorne » de Domenico Zampieri (1604-1605)

Comme le dit si bien @lucie_ottobruc sur son compte Instagram « Si un mec de trente ans sort avec une fille qui a dix ans de moins que lui, c’est généralement parce qu’il ne peut pas imposer le type de dynamique relationnelle qu’il veut à une meuf de trente ans. Une femme de trente ans elle a acquis en expérience […]. C’est beaucoup plus difficile de dominer et façonner une femme quand elle a trente ans […]. Si c’était la maturité qui intéressait ces hommes, ils seraient avec des femmes de leur âge […]. S’ils finissent par sortir avec des filles de dix ans de moins qu’eux, ce que les filles de leur âge leur reprochent ce n’est pas un problème de maturité, mais qu’ils soient des prédateurs (sexuels) ». Je trouve important et aiguillant de vous partager son propos. Car la « chasse à la licorne » est généralement initiée par l’homme dans le couple hétérosexuel (e.g. il rédige l’annonce pour le site de rencontre ou demande à sa compagne de le faire), ces annonces ne contiennent que rarement une photographie du couple mais uniquement de la compagne, le couple est bien plus âgé que la personne recherchée, la personne recherchée est une minorité sexuelle, le couple passe par un site de rencontre non-spécialisé, l’homme répond souvent derrière le téléphone et non la compagne seule ou le couple, l’annonce contient énormément de critères et/ ou est dégradante… autant de techniques pour rendre vulnérable la personne recherchée et pouvoir ainsi mieux la dominer (et ainsi imposer ses désirs sans égard aux siens) quand le moment de l’établissement des règles/ limites de la relation sexuelle arrivera. La présence de la compagne (comme adelphe sexisée) peut même être un réel outil pour faussement rassurer la personne minoritaire et ainsi mieux la manipuler. Alors ? « Chasse à la licorne » ou prédation sexuelle socialement acceptable et encouragée ? Je crois qu’on a toustes la réponse à ce stade.

« La Chasse à la Licorne » d’un·e artiste inconnu·e (vers 1455-1506)

La prévention et l’encadrement des pratiques sexuelles libertines.

Il est urgent (je ne dois pourtant pas être la 1ère personne à faire ce constat) de faire de la prévention et d’encadrer les pratiques sexuelles en triolisme/ candaulisme/ orgie… pour qu’aucune prédation sexuelle ne soit à l’origine de ces dernières. La « chasse à la licorne » est le fait de prédater et non la pratique sexuelle d’une personne tierce avec un couple. On peut donc facilement s’adonner aux pratiques sexuelles à plusieurs en étant en couple, dans des lieux encadrés et soucieux du consentement et du bien-être des personnes libertines. Notamment, en refusant toute démarche d’un couple envers une personne seule, s’apparentant à une « chasse à la licorne » ou tout simplement à de la prédation sexuelle. Ainsi, il est inadmissible que des sites internet soi-disant « libertins », des groupes Facebook, des clubs de libertinages… fassent l’apologie de la prédation sexuelle de cette façon (en encourageant ou en restant neutre face à la « chasse à la licorne »). Sur un site internet (dont je ne citerai pas le nom) on peut y lire un article faisant l’apologie de la prédation sexuelle et donnant même des techniques. En arpentant l’article on tombe sur des conseils tels que « Ne jamais oublier que vous êtes deux contre une » ou encore TW : Putophobie « Ce n’est pas une pute gratuite, pour utiliser des mots crus ! » … Le groupe Facebook associé à ce blog compte plus de 700 membres. Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres mais il vous donne un aperçu (assez choquant j’en conviens). Il suffit de taper « chasse à la licorne » sur internet pour tomber sur une ribambelle de site internet, blog, forums, groupe Facebook… encourageant donc la prédation sexuelle et donnant des conseils (puisqu’évidemment la « chasse à la licorne » n’est en rien questionnée ou remise en question, ainsi la dynamique de domination reste la même : couple hétérosexuel vs minorité sexuelle). J’espère que cet article permettra de pallier au manque de prévention présent sur internet.

Les résultats du sondage :

Je vais conclure désormais avec les résultats d’un sondage que j’ai récemment fait sur mon compte Instagram. Je me suis demandé·e : quel est le pourcentage de personnes non-hétérosexuelles qui avait été exposées à des annonces de « chasse à la licorne » sur les sites de rencontres non-dédiés à ces annonces (e.g. Tinder) ? Quel est le pourcentage de personnes non-hétérosexuelles qui avaient reçu des demandes d’être « licorne » sur les réseaux sociaux (e.g. Instagram, Facebook, Snapchat…) sans qu’iels n’aient manifesté le moindre intérêt pour le libertinage explicitement ? Quel est le pourcentage de personnes non-hétérosexuelles qui avaient reçu des demandes d’être « licorne » dans la vie de tous les jours (hors réseaux sociaux) sans qu’iels n’aient manifesté le moindre intérêt pour le libertinage explicitement ? Quel est le genre et l’âge environ, des personnes qui formulaient les propositions déplacées que les participant.e.s avaient subi ? Les résultats sont ci-dessous : 

NB : Il n’y avait malheureusement pas assez de participant·e·s bisexuel·le·s/ pansexuel·le·s/ omnisexuel·le·s… non-sexisé·e·s pour pouvoir inclure les résultats dans mon article et en tirer des conclusions. Ce pourquoi je vous partage uniquement les réponses des personnes sexisées aux trois premières questions du sondage. On peut expliquer le peu de personnes non-sexisées ayant répondu à ces sondages par le fait que mon compte Instagram s’adresse prioritairement aux personnes sexisées. De ce fait, les personnes non-sexisées sont bien plus rares (il y avait moins de dix participant·e·s). En revanche, les deux derniers graphiques inclus les personnes non-sexisées. Il est aussi important de noter que la totalité (100%) des personnes non-sexisées ayant répondu à la 1ère question du sondage, avaient été exposées à des annonces de « chasse à la licorne » sur les applications de rencontre sans leur consentement (car sur des applications de rencontres non-dédiées au libertinage). Nous ne pouvons pas ignorer le fait que la prédation sexuelle qu’est la « chasse à la licorne » est aussi subie par les personnes non-sexisées bisexuelles/ pansexuelles/ omnisexuelles… bien qu’iels soient moins nombreuxses. Nous devons aussi les prendre en compte !

Je vous remercie de m’avoir lu chèr·e·s lecteur·ices,

Affectueusement vôtre.

Article rédigé par Niena (iel) | @__niena__

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Niena (iel) pour vous servir ! Étudiant·e en Licence de Psychologie/ Stagiaire en Institut de Praticien·ne en Santé Sexuelle et Sexothérapie/ Intervenant·e LGBTQIA+ en milieu scolaire et Porte-Parole pour l'association MAG Jeunes LGBT+/ Professeur·e de théâtre/ Militant·e féministe pro-convergence des luttes Queer (@__niena__)/ Rédacteur·ice pour le magazine Le Cul Bordé de Nouilles (@leculbordedenouilles.magazine).

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